Sylvie Niombo, d’AZUR Développement a interviewé Davy Hermann Malanda, le présentateur de l’émission « Vérité en plus » sur la chaîne de radio DVS+ à Pointe-noire, au Congo qui traite de la sexualité en combinant deux outils TIC, la radio et le téléphone mobile. Cette émission ose dire ce que personne ne veut dire à Pointe-noire et est devenue l’une des émissions les plus suivies du pays.
L’un des objectifs de cette émission radio est de briser le tabou sexuel dans le respect de la diversité culturelle pour donner une éducation sexuelle efficace aux jeunes et aux adultes. Cette émission informe autant qu’elle éduque comme l’affirme, le présentateur « nous voulons lutter contre le VIH/SIDA, les violences sexuelles, les grossesses indésirables, les avortements provoqués, la frigidité, l’éjaculation précoce et d’autres maux sexuels que connaissent les jeunes et la population congolaise en général ».
Utiliser la radio pour éduquer les jeunes sexuellement
Cette émission a commencé sur les ondes de la radio DVS+ depuis 2004 suite à la demande des jeunes qui étaient confrontés à des situations sexuelles et sentimentales à la recherche d’aide et de solutions. Le présentateur explique le bien-fondé de son émission «lorsque ni la famille, ni l’école, ni l’église, ni l’Etat, aucune de ces structures ne peut jouer le rôle éducatif sur ce domaine sexuel et sentimental, longtemps considéré comme tabou, et optent pour le silence ; les hommes et femmes de bon sens, ont le devoir et l’obligation de sauver l’enfant, le jeune et, de surcroît, la famille et la société à trouver des solutions dans ce domaine sexuel aussi important et fondamental pour l’humanité ».
« C’est ainsi que nous avons pensé rompre le silence et mettre la pierre à l’édifice pour apporter notre contribution pour l’épanouissement de la société en général et en particulier la jeunesse et la femme ( être considérée comme faible et subissant l’influence parfois négative des hommes dans ce domaine) , poursuit-il.
En effet, en utilisant un média chaud comme la radio pour éduquer les jeunes, l’émission permet d’instaurer un dialogue facile sur la sexualité. En général, au Congo, les médias sont beaucoup suivis et ce qui est dit par les médias est considéré comme vrai et éducatif. « Le public cible, ce sont les jeunes et les femmes, mais, remarque faite, tout le monde s’accroche et chacun trouve son compte. C’est autant dire que, de nos jours, Vérité en plus est une émission éducative pour toutes les générations, car elles participent toutes activement à la recherche des solutions » affirme son présentateur. En effet, la majorité des infections au VIH, chez les jeunes de 15 à 24 ans qui sont les plus touchés, le sont par les rapports sexuels. Les jeunes ont ainsi plus que jamais besoin d’éducation sexuelle.
Cependant, il n’est pas facile de parler à bâtons rompus de la sexualité sur les ondes. Le présentateur a plusieurs fois été montré du doigt, et ce, même au sein de sa famille, explique « au début, cela a été mal apprécié et accepté par ma famille, qui me jugeait même d’obsédé sexuel, car pour eux, c’était trop osé. Le fait d’être écouté par tout le monde, au fil des temps et vu l’importance de la question ; toute la famille a fini par s’accrocher profitons par là l’occasion de trouver des solutions aux multiples problèmes suspendus pendant des mois et des années ».
« Cette émission n’existe pas pour encourager la débauche ou le vagabondage sexuel, mais plutôt pour préparer les cibles à avoir un comportement sexuel responsable », souligne t-il.
Avec les SMS, les auditeurs peuvent s’exprimer sans honte sur la sexualité
L’émission radio est interactive selon les auditeurs, situés au Gabon, au Cabinda et au Gabon, grâce aux SMS. En effet, les auditeurs envoient des messages SMS avant, pendant et après l’émission radio. Le présentateur explique : « par émission nous recevons plus de 250 messages SMS ; ce sont là les messages reçus des auditeurs qui savent manipuler le téléphone et qui ont la volonté de nous écrire. C’est autant dire que même ceux qui n’écrivent pas ont également des problèmes et cherche des solutions, et ils en trouvent en fonction des solutions que nous apportons pour les messages des autres ».
D’autres auditeurs préfèrent parler au présentateur de vive voix ; c’est ainsi qu’ « à la fin de l’émission, nous recevons au moins plus de 50 appels téléphoniques. Et toute la semaine, nous recevons également des messages et appels des auditeurs qui posent leurs problèmes ».
Le succès de la téléphonie mobile au Congo est tel qu’aujourd’hui, les sociétés GSM comptent au moins 1 millions d’abonnés pour le réseau Zain et plus de 500 000 abonnés pour le réseau MTN. Les coûts des téléphones mobiles ont relativement baissés et les cartes de communication sont disponibles à partir de 1 dollar US, parfois même moins. Les SMS sont à un coût abordable, ce qui explique leur popularité. Le présentateur épingle également les questions de confidentialité, de vie privée et affirme que « la particularité des SMS est que la personne peut garder son anonymat s’il le souhaite, car la sexualité est taboue dans notre société ; et les SMS donnent le courage aux gens de poser leurs questions sans être entendu ».
En outre, les auditeurs utilisent également d’autres moyens « certaines personnes viennent nous chercher à la fin de l’émission parce que convaincue de la résolution de leurs problèmes. D’aucuns déposent des courriers de félicitation à la station », nous a révélé le présentateur.
Les messages SMS sont envoyés par des hommes, des femmes, des jeunes garçons ou des jeunes filles. Les filles ont tendance à envoyer des messages SMS au présentateur de l’émission radio sur la virginité, l’amour, le cycle menstruel, les grossesses, la frigidité, l’orgasme, le mariage et les questions liées au VIH/SIDA. Il est perceptible dans leurs messages SMS qu’elles ignorent beaucoup sur le VIH/SIDA. Quant aux femmes plus âgées, elles abordent les questions du mariage, de la frigidité, de l’orgasme, de la jalousie, de l’infidélité des hommes, de la conception, de la stérilité, des rapports sexuels et du VIH/SIDA. Le présentateur souligne que des efforts doivent être fournis, en particulier sur la sensibilisation sur le VIH/SIDA. « Les femmes entendent parler du VIH/SIDA, mais ne prennent pas les choses en main ; elles subissent l’influence des hommes au niveau sexuel », explique t-il. En utilisant les SMS, elles peuvent parler de la sexualité en toute confiance et trouver des réponses à leurs questions.
Quant aux hommes en général, le présentateur estime que « c’est en fonction de cet esprit de chefferie que l’homme veut plus connaître les techniques sexuelles pour satisfaire sa partenaire ou pour impressionner ». Les préoccupations des hommes qui ressortent dans la majorité des messages SMS sont liées à l’éducation sexuelle des enfants, au vagabondage sexuel des filles, aux rapports sexuels pendant et après la grossesse, à l’éjaculation précoce, à l’impuissance sexuelle, les dimensions du sexe, la masturbation, l’orgasme, les rapports sexuels des hommes âgés, la jalousie, la vie en couple et le VIH/SIDA. En résumé, les émissions radios sont préparées selon les préoccupations des auditeurs reçues par SMS.
Les messages SMS à eux seuls ne suffisent pas
« Il faut rappeler que en une heure du temps, il nous ait impossible de répondre à toutes ces questions reçues par SMS. Nous les enregistrons et lors des émissions prochaines, nous nous mettons à apporter des réponses », explique le présentateur. En effet, si les auditeurs de l’émission radio sur la sexualité envoient autant de SMS, le présentateur a du fil à retordre pour les lire sur son téléphone mobile, car il n’utilise pas de logiciel spécial et ne peut pas poser des questions d’éclaircissement aux auditeurs par manque de ressources. Il est également difficile pour le présentateur d’envoyer de la documentation ou des orientations aux auditeurs par SMS en raison du volume reçu et aussi des limitations techniques.
Les SMS sont un moyen moins coûteux pour interagir avec le présentateur de l’émission pour les alphabètes, les analphabètes eux n’ont pas d’autres moyens que d’effectuer les appels téléphoniques, qui sont d’ailleurs très peu (50 appels téléphoniques contre 250 SMS en moyenne par émission).
L’émission n’est pas sponsorisée et les moyens disponibles ne permettent pas au présentateur de réaliser des émissions hors du studio ou en plusieurs langues locales. Le matériel de montage et de production manque également.
Il n’y a pas assez de synergie avec les associations et ONG de santé et de lutte contre le VIH/SIDA en particulier, qui pouvaient utiliser cet espace pour renforcer les efforts d’éducation de la population congolaise.
Des perspectives intéressantes pour l’émission avec l’internet sur le mobile
En résumé, les messages SMS ont apporté un plus à l’émission radio sur la sexualité diffusée sur la chaîne DVS+ à Pointe-noire, au Congo et l’ont rendue interactive et enrichissante en brisant le tabou sur la sexualité. L’arrivée récente de l’internet sur le mobile auprès des compagnies GSM du Congo pourrait constituer un tremplin pour l’émission radio et ses auditeurs. Il reste cependant au présentateur de trouver les ressources financières nécessaires pour intégrer cet outil TIC à des fins d’éducation sexuelle.

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