Congo : logement urbain pour les femmes vivant avec le VIH/SIDA : une question dans l’ombre

Au Congo, les femmes sont les plus touchées par le VIH/SIDA, au moins 4,1% des femmes sont séropositives au Congo[1].Les femmes vivant avec le VIH/SIDA sont victimes de discrimination et de stigmatisation quotidiennement, et ce malgré qu’elles ont droit à la santé et aux autres droits auxquels jouissent tous les citoyens congolais.

Elles sont parties perdantes dans un pays où le code de la famille présente des failles dans certaines de ses dispositions, et où la société inflige des sévices moraux et physiques aux femmes veuves. C’est ainsi dire que la situation des femmes veuves séropositives est préoccupante. Le pouvoir d’achat des femmes infectées par le VIH/SIDA assez faible qui ne diffère pas de celui de la moyenne des femmes congolaises est encore réduit en raison de leur vulnérabilité.

Il y a encore très peu d’études ou analyses sur la question logement pour les femmes séropositives au Congo. Cependant, des analyses sur les conséquences psychologiques, socio économiques et politiques du VIH/SIDA ont été déjà faites. Dans cet article, nous allons nous appuyer sur ces analyses pour démontrer comment les femmes séropositives dans les zones urbaines sont aussi touchées par les problèmes de logement et comment cela affecte leur bien-être et santé ainsi que celles de leurs familles.

  • La situation socio économique des femmes séropositives:

Au Congo, on estime qu’il y a au moins le salaire moyen (SMIC) est de 54,000[2] FCFA (US$ 108) par mois dans le secteur formel. Le rapport sur le développement humain de 2009 publié par le PNUD[3] indique que le Congo est parmi les pays dont au moins 74% de la population vit en dessous de 1,000 FCFA (2US$) par jour malgré les revenus pétroliers, le taux de chômage n’est pas connu. La probabilité de ne pas dépasser 40 ans d’âge est de 29%. Les dépenses du Gouvernement sur la santé en pourcentage des dépenses totales du Gouvernement ne dépasse pas 4%, de très loin avec les 15% recommandés par l’Union Africaine[4].

Tous ces facteurs tracent déjà une ligne sombre pour les femmes vivant avec le VIH/SIDA, qui comptent parmi elles les plus pauvres. Celles qui travaillent dans le secteur privé ou public peuvent aussi être inquiétées pour leur statut. Dans le secteur privé, elles sont les plus disposées à perdre leur emploi surtout pour cause de maladies répétées et absence au bureau, avoir moins d’opportunités d’avancement ou de promotion, ou encore pour des licenciements ou mutations abusives où elles peuvent perdre certains avantages financiers et matériels.

Quand la prise en charge sur la santé n’est pas garantie pour les travailleurs dans certaines entreprises et institutions, cela peut aussi réduire les avoirs des femmes séropositives qui voient leurs dépenses de santé augmenter, puisque le traitement des maladies opportunistes n’est pas gratuit.

Beaucoup de femmes séropositives sont dans le secteur informel du petit commerce et parviennent à peine à réaliser des bénéfices d’au moins 100,000 FCFA (200 US$) pour subvenir aux besoins de leurs familles. D’autres sont totalement à la charge de leurs parents, surtout les plus jeunes.

Ainsi pour les raisons avancées ci-haut, la sécurité vue dans le sens d’un logement adéquat à long terme pour les femmes vivant avec le VIH/SIDA est improbable. Car ayant très peu de moyens financiers, elles ne peuvent acheter une parcelle (à partir de 5 millions de FCFA soit 10,000 US$) ni louer une maison avec des conditions acceptables (100,000 FCFA soit 200 US$). Elles sont obligées de louer des petites pièces avec des conditions hygiéniques souvent difficiles (à partir de 30,000 FCFA soit 60 US$). Obtenir une maison à louer est devenue un casse-tête avec la poussée démographique.

Et même lorsqu’elles travaillent, et peuvent avoir une maison, elles sont souvent l’objet de railleries et de stigmatisation. Certaines d’ailleurs ne peuvent pas trouver des maisons à cause de leur sérologie.

Cela devrait probablement intéresser les initiatives existantes qui intègrent la lutte contre le SIDA dans les entreprises (chercher info). Une lueur d’espoir également se dessine avec l’inclusion dans les syndicats des travailleurs une section ou un poste de responsabilités sur le VIH/SIDA, censée entre autres défendre les droits des travailleurs séropositifs.

  • La vie de couple et le veuvage des femmes séropositives:

Des témoignages divers montrent que les femmes séropositives lorsqu’elles sont les premières à faire le test de dépistage dans leurs foyers, elles sont sujettes à des violences psychologiques et parfois même physiques de la part de leurs conjoints. Elles sont accusées d’avoir « emmené la maladie dans le foyer » et parfois chassées avec ou sans leurs enfants du domicile conjugal par leur conjoint ou la belle-famille.

La spoliation des biens des veuves n’est pas étrangère aux femmes congolaises indépendamment de leur statut dans la société. A la mort de leur conjoint, beaucoup de femmes subissent des sévices et peuvent être dépossédées de leurs biens, quel que soit le régime matrimonial sous lequel elles se sont mariées. La peur de la sorcellerie, la peur et l’ignorance des droits sont autant de facteurs qui font que les femmes veuves abandonnent leurs biens, y compris leur domicile. Ce qui les met dans une situation de précarité.

Ajouté à cela qui est commun pour toutes les veuves, les veuves séropositives quand la stigmatisation s’en mêle, elles subissent du chantage ou menaces des beaux-parents qui veulent souvent dévoiler leur statut sérologique et des injures.

  • Le logement précaire et ses implications pour les enfants des femmes séropositives

D’autres femmes séropositives sont stigmatisées par les logeurs et les voisins, et sont obligées de changer continuellement de domicile ou de quartiers. Cela implique pour les enfants qu’ils doivent changer d’écoles et aussi perdre les liens sociaux et amicaux et certains repères qu’ils avaient acquis dans leur précédent quartier. Mais, également, le changement permanent de domicile accroit le stress et cela peut avoir des conséquences psychologiques importantes.

La stigmatisation est telle que certaines femmes vivant avec le VIH/SIDA doivent vivre avec la peur perpétuelle de voir leur statut sérologique dévoilé.

C’est la raison pour laquelle, les actions de prévention du VIH doivent insister également sur la lutte contre la stigmatisation et la discrimination des personnes vivant avec le VIH.

  • Améliorer le revenu des femmes séropositives pour leur assurer des logements adéquats: est-ce réaliste?

Force est de reconnaitre que les conséquences socio économiques du VIH/SIDA n’ont pas toutes été traitées avec la même priorité. Et parler de logement adéquat pour les femmes vivant avec le VIH/SIDA peut sonner comme moins important par rapport aux efforts de prévention, d’accès au traitement et aux soins qu’il faudrait accélérer. Cependant, si l’on regarde les initiatives existantes visant à améliorer le revenu des femmes séropositives à travers des activités génératrices de revenus, les interventions visent à combler les besoins vitaux minimaux.

Il faudrait une étude approfondie pour voir dans quelle mesure les micro crédits et les appuis pour les activités génératrices de revenus ont permis aux femmes séropositives de satisfaire de façon durable leurs besoins, y compris la stabilité de logement. Car, les montants accordés sans souvent trop petits pour générer de sommes importantes, les conditions d’octroi et le suivi sont le plus souvent difficiles.

  • Les logements sociaux prévus par l’Etat Congolais: une aubaine pour les femmes séropositives?

Les questions de logement relèvent plus du social que des questions juridiques dira t-on, cependant lors que l’Etat prend l’engagement de construire des logements sociaux, il y a lieu d’espérer que les tous les citoyens congolais y aient droit, sans discrimination. Il y a depuis quelques années des initiatives émanant du secteur privé et de l’Etat de construction de logements sociaux pour les populations. Au Congo, la création de la Banque Congolaise de l’Habitat est un projet de partenariat public-privé qui soutien les efforts du Gouvernement dans la promotion de l’utilisation de mécanismes viables et innovants provenant du secteur privé pour le financement de l’immobilier et du secteur du logement.[5]

C’est ainsi que le gou­ver­ne­ment congo­lais a dé­bloqué 53 mil­liards de FCFA (US$ 106 millions) [6]pour construire 400 lo­ge­ments so­ciaux. Une lueur d’espoir ?

Il faudra en tout cas se renseigner sur ce projet, les critères, les conditions et surtout demander comment les femmes séropositives qui sont doublement vulnérables par rapport à leurs pairs, pourront bénéficier des programmes tels que celui -ci. Cela nécessite une action concertée des pouvoirs publics et de la société civile. Les média assurément ont un rôle important à jouer en rendant public la question du logement et du VIH/SIDA.

Sylvie Niombo


[1] http://www.cnls-congobrazza.org/4,1-des-femmes-sont-seropositives-au-Congo_a411.html

[2] http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_minimum_wages_by_country

[3] http://hdrstats.undp.org/fr/countries/country_fact_sheets/cty_fs_COG.html

[4] http://healthdev.net/site/post.php?s=1967

[5] http://www.afdb.org/fr/news-events/article/fapa-technical-assistance-to-provide-training-and-increase-capacity-at-the-banque-congolaise-de-lhabitat-5130/

[6] http://www.afriqueavenir.org/2009/10/09/developper-l-offre-de-logements-sociaux-une-priorite-du-gouvernement-du-congo-brazzaville/

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