La prostitution est qualifiée de plus vieux métier au monde. Au Burkina Faso, bien que ce phénomène soit reconnu séculaire, l’on situe la généralisation du phénomène dans les années 1930-1940 avec les regroupements militaires à Ouagadougou[1]. Depuis ses années le phénomène s’est propagé sur tout le territoire burkinabè. Au fil des ans, les chercheurs appréhendent mieux le phénomène. Dans les activités que le monde communautaire mène depuis quelques années, les travailleuses du sexe sont considérées comme des partenaires incontournables dans le combat contre la pandémie du VIH SIDA. Quels liens entre VIH SIDA et travailleuses du sexe (TS) ? Nous appréhenderons cette problématique sous l’angle des violences auxquelles sont confrontées les travailleuses de sexe au Burkina Faso.
De la situation des travailleuses de sexe au Burkina Faso.
Au Burkina Faso, les formes de prostitution sont extrêmement variées : les locatrices de maisons closes ou femmes sur tabouret, les trotteuses (femmes qui font des allées et venues sur des axes bien déterminés à la recherche de clients) et les racoleuses (catégorie de femmes qui sillonnent les alentours de grands bars, maquis, chambres de passe et d’hôtels pour intercepter les clients). On observe un développement fulgurant du phénomène dans les provinces[2].
Essentiellement clandestine pour les burkinabè, la prostitution mobilise des jeunes filles issues des milieux pauvres, modestes comme aisés, des jeunes adolescentes comme des filles d’âge mur.
Les travailleuses du sexe et leurs clients constituent un noyau important de la propagation de l’infection à VIH. Une étude réalisée en 2001 au près des prostituées à Ouagadougou et Bobo Dioulasso au près de celles-ci a montré des prévalences respectives de 59,2% et 57,7%. En 2005, la même étude réalisée à Ouagadougou par le Projet PAP-SIDA a estimé la prévalence à 16%. En réalité la situation de la prostitution au Burkina est très difficile et complexe pour un certains nombres de raisons. En même temps nous constatons quelques facteurs d’interaction VIH/prostitution nous en relevons des aspects qui témoigne de la complexité de son appréhension :
- Le fondement socio-économique de la prostitution est très peu pris en compte par le public et les décideurs qui cherchent à combattre le phénomène.
- Sur le plan juridique, la prostitution n’est pas interdite en tant que tel mais elle est tolérée sauf que le racolage est formellement condamné et la mise en œuvre de cette disposition n’est pas exempt de certaines dérives
- L’absence de décret d’application de l’article 73 du code de santé publique de 1994 relatif au suivit médical des personnes pratiquant la prostitution ;
- L’insuffisance du suivi médical des Travailleuses du Sexe
- La clandestinité de l’exercice de la prostitution
- La très grande mobilité intra et interurbaine des TS
- La non maitrise de l’effectif des groupes cibles des environnement de la prostitution[3]
- Le rajeunissement de l’exercice du travail, avec des réseaux entretenus par des proxénètes
Des problèmes de violences qu’elles vivent
- une violence généralisée
« D’un côté, des jeunes filles désemparées et soumises à une violente servitude, de l’autre des clients et des protecteurs qui ne voient pas plus loin que leur plaisir irrépressible et leur soif d’argent » ainsi peut-on caricaturer la situation de violence que vivent les TS au Burkina Faso.
Des souffrances confirmées par une étude scientifique conduite en 2006 sur les pratiques à risques et VIH/SIDA chez les prostituées. “Dans l’exercice de leur métier, 41% des femmes interrogées déclaraient avoir été violées au moins une fois par un client”, révèle le Pr Arouna Ouédraogo du Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo.[4]
Parmi les travailleuses elles ne sont pas épargnées par les situations de violence : les prostituées assises devant leur porte (« sur tabouret ») (1), les prostituées sur le trottoir (« trotteuses ») , les prostituées en boîte de nuit (« échassières ») , les serveuses de bar, les femmes de cabaret traditionnel (« dolotières ») ,les vendeuses de fruits et légumes et les lycéennes. [5]
- Les formes de la violence
Il est un constat unanime que les facteurs socioéconomique voire historique sont non seulement source de la précarité mais aussi de la vulnérabilité des travailleuses du sexe. Au-delà , ces mêmes facteurs sont souvent source de violence à des échelles parfois importantes. Au Burkina faso, l’expérience du monde associatif avec les TS a permis de repérer les formes de violences (physiques, judicaires, accès à la santé) à l’encontre des TS.
- Violences entre elles :
Dans la vie des travailleuses de sexe, la promiscuité, la concurrence entre filles pour fidéliser les clients occasionnent des querelles et bagarres aboutissant sur des agressions physiques entre elles. Ces bagarres sont souvent à l’origine de la migration de certaines travailleuses du sexe.
- Entre TS et leurs copains :
Le milieu des travailleuses du sexe est marqué par des rapports ambigus entre elles et leurs copains (clients devenus des petits amis, souvent ses clients font partie intégrante de la chaine du proxénétisme). Ce qui n’est pas sans risques de violences qu’on peut qualifier de « conjugales ».
- Entre elles et les gérants de sites
Il s’agit pour ce point de la violence qui caractérise les rapports entre filles et proxénètes. La répartition des fruits de leur travail, l’exploitation par les proxénètes et l’exigence accrue des bénéfices chez les exploitants de sites font le lit de cette forme de violence.
- Violences avec les forces de l’ordre :
Comme nous l’avons vu plus haut, le racolage est formellement condamné au Burkina Faso. Dans la répression des forces de l’ordre , nous avons souvent été prise avec des abus de la part des policiers (chantage, arbitraire…).
Certaines d’entre elles éprouvent des difficultés d’accès au service de santé du fait de l’insuffisance de centre de santé spécifique adaptés aux besoins des TS sur l’ensemble des villes ou elles exercent.
Les réponses apportées par les différents intervenants :
Face à ses différentes manifestations de la violence à l’égard des travailleuses de sexe, le monde communautaire mais aussi les pouvoirs publics ne sont pas resté muets. Ainsi des actions ont-elles été entreprises au Burkina Faso afin de résorber ces violences. Ces actions partent du constat que : (i) les femmes sont plus exposées aux IST/VIH/SIDA par rapport aux hommes tant d’un point de vue économique, biologique que socioculturel ; (ii) parmi les femmes, les TS sont encore plus vulnérables ; (iii) les TS fréquentent très faiblement les centres de santé ; (iv) la complexité de l’environnement prostitutionnel (avec un système qui intègre aussi bien les travailleuses du sexe, que leurs clients, leurs petits amis, les proxénètes).
Les actions entreprises :
- le projet PAP SIDA 3 en appui à des districts sanitaires pour la mise en marge des IST et aux associations de lutte contre le sida pour la mobilisation des groupes vulnérables dans les villes de Ouagadougou, Ouargaye, Banfora, Niangoloko, Pouytenga ;
- le centre MURAZ à Bobo Dioulasso dont les actions sont orientées vers une cohorte de prostituées dans le cadre du projet YELERON
- l’ONG MEDICOS DEL MUNDO de l’Espagne à travers des interventions dans les villes de Ouagadougou , Pô et Banfora
- L’AFAFSI en collaboration avec le PSI et UNFPA, qui mène des activités de sensibilisation, prise en charge des IST/VIH/SIDA et fait la promotion des activités génératrices de revenus dans les villes de Ouagadougou, Kantchari, Bittou et kaya.
- Le SP CNLS IST à travers les Programme d’Appui au Programme national Multi sectoriel de lutte contre le Sida dans différentes région avec la sous-traitance de PPA-SIDA.
- SOS JEUNESSE ET DEFIS à développer des actons de prévention de l’infection à VIH en direction de ce public cible particulier. Egalement, SOS/JD à développer une stratégie de prise des TS infectées et affectées par le VIH. Des actions de d’intégrations de paquet d’activité sur la santé sexuelle et reproductive ont été intégrer dans l’offre de service aux TS.
Quoi que ces actions existent et permettent une réponse, il faut noter également certaines actions et dispositions clé, favorables : la prise en compte de cette cible comme vulnérable dans le cadre stratégique de lutte contre les IST/VIH/SIDA au Burkina Faso 2006-2010. L’élaboration et la mise en place de guide d’intervention dans le milieu TS et bien d’autres outils en partenariat avec le ministère de santé Burkinabé pour faciliter l’intervention dans le milieu prostitutionnel. Enfin, il ya un très fort engagement des acteurs de la société civile dans les activités des sensibilisations vers les TS et leurs clients.
Recommandations
Nous considérons que cette violence n’est pas une fatalité; ce n’est pas ” les risques du métier “, ce n’est pas une des formes de plus de la violence urbaine, et, si c’est une des expressions des violences faites aux femmes, il importe de resituer cette violence dans son contexte global. Les personnes prostituées et les femmes en particulier sont les cibles de diverses formes de violence; la domination masculine en est une, majeure, mais elle ne s’exprime pas seulement dans la rue ou au travers des clients ou des proxénètes, elle est aussi le résultat d’un dispositif de contrôle de l’autonomie des femmes, par les normes et les valeurs dominantes (Pheterson, 01). Ce dispositif trouve son expression dans la loi, les politiques publiques et les coutumes.
Notre proximité avec les personnes prostituées dans leur vie quotidienne nous a permis de faire des liens entre leur vécu et les théories sur les violences. Aussi au terme de cette réflexion nous proposons : le renforcement des actions de préventions vers cette cible et également la mise en place d’un cadre de concertation au niveau national entre les acteurs intervenant dans le milieu prostitutionnel en partenariat avec l’Etat Burkinabé et les partenaires au développement et les TS elles même.
Célestin Compaoré
Coordonnateur SOS Jeunesse et Défis
[1] Enquête de RAMATA SORE, N° 165 de l’Evénement « L’envers et le décor du ” business-sexe ” à Ouagadougou »
[2] Prostitution au Burkina Faso : Une cartographie des sites pour mieux combattre le fléau
Article paru dans SIDWAYA, Ismaël BICABA , Mardi 9 octobre 2007.
[3] Contradiction par exemple entre chiffres. Ex : Le PAP SIDA annonce 2000 TS affichées pour la ville de Ouagadougou alors que la brigade des mœurs estime leur nombre à 5000
[4] Enquête de RAMATA SORE, N° 165 de l’Evénement « L’envers et le décor du ” business-sexe ” à Ouagadougou »
[5] Revue d’Epidémiologie et de Santé Publique, Vol 50, N° SUP 4 - octobre 2002

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