Congo : lutter contre les violences faites aux femmes en bloguant

Arlette Raymonde Bakou est chargée de la Coopération Multilatérale au Ministère de la promotion de la femme et de l’intégration de la femme au développement au Congo. Engagée depuis des années dans la lutte pour l’émancipation et les droits de la femme, elle a commencé à bloguer cette année sur les droits des femmes avec une attention particulière aux violences faites aux et aux filles au Congo.

Elle a eu accès à un ordinateur pour la première fois en 1999, mais elle avait déjà utilisé la machine à écrire manuelle ; ainsi pour ce contact elle avait ainsi des capacités pour avancer avec les technologies de l’information et de la communication.  «J’ai suivi des cours d’informatique pendant trois mois et la curiosité a fait le reste» ; poursuit-elle.

L’idée de créer son blogue lui est venue du fait qu’elle écrit parfois des articles dans les journaux de la place. « J’ai pensé qu’avoir mon blogue serait une expérience exaltante », explique t-elle. Arlette est l’une des rares femmes blogeuses congolaises qui écrit sur la violence faite aux femmes et aux filles. Elle considère l’internet comme un outil de travail et de recherche, et comme elle a su bien le dire «  elle vit avec mon temps ».

Concernant les thèmes de ses billets de blogues, Arlette explique « les sujets que j’aborde sont variés ; je parle autant des problèmes des femmes, de l’urbanisme, de l’environnement et des faits de société ».

Sur son blogue, Arlette parle de révolution sexuelle, de politique du sexe, du sexe et de la morale et du sexe prénuptial. Par exemple, elle dit sur l’éducation sexuelle dans les écoles Que « Cela est une bonne chose dans la mesure où ces enseignements concourent à apprendre aux enfants les dangers d’une sexualité libre, mais c’est aussi une forme de tentation pour ceux qui avaient une vision traditionnelle de la sexualité ».

Elle appelle à «  développer des centres de santé pour jeunes animés par un personnel qualifié, redynamiser les programmes d’éducation pour la vie familiale à l’école, au quartier et dans les églises. Ceci sera fait en collaboration avec les parents, enseignants, chefs de quartier regroupant la communauté entière. Ces programmes permettront aux jeunes d’avoir accès à la bonne information pour mieux aborder la sexualité plus tard ».

Dans son article sur le harcèlement sexuel, elle relève l’impunité et révèle « à la rentrée scolaire et universitaire ces mêmes jeunes filles qui jubilent d’avoir franchi le cap vivront certainement le calvaire d’être harcelées par les enseignants et les professeurs.  Le harcèlement sexuel dans les milieux universitaires et scolaires se manifeste par des regards, des insinuations, des propositions de rencontre, des familiarités indésirables, voire des agressions sexuelles. »

Elle termine en se posant la question « comment construire une société meilleure lorsque les enseignants deviennent les bourreaux de nos enfants. Comment parler de l’égalité de sexes lorsque certaines jeunes filles ont abandonné les études sous la pression d’un professeur pressant. Qui sont ces hommes qui harcèlent des jeunes filles venues fraîchement à l’université ou au lycée et qui oublient que ces dernières sont certainement leurs filles, nièces ou sœurs. »

Abordant, les relations entre belle mère et belle fille qui sont souvent conflictuelles dans la société congolaise, Arlette dénonce à cor et à cri les mauvaises habitudes des belles-mères. Elle écrit « la belle mère est souvent secondée dans son rôle par ses filles dans la plupart des cas. Celles-ci sont spécialisées dans le rôle de diaboliser l’épouse de leur frère ; mais lorsqu’on analyse à fond la situation, on se rend compte que ce sont parfois des femmes qui sont soit malheureuses dans leur foyer ou n’ont pas réussi à trouver un mari ». Ces différentes situations mènent le plus souvent à la violence domestique.

Elle parle également des questions de développement et a parlé sur son blogue de la municipalisation accélérée sous le titre réflexion sur la cité qui permet aussi de dire son point de vue sur les travaux entrepris par la Mairie de Brazzaville et des mesures à prendre

Est-ce facile pour une femme congolaise de bloguer de façon aussi engagée ? «Les difficultés sont parfois liées aux termes utilisés en informatique mais j’arrive souvent à pallier cela » affirme Arlette. Pour d’autres rares femmes congolaises qui s’engagent dans la blogosphère, l’accès à l’internet demeure un problème en raison du coût de l’acquisition des équipements informatiques et de la mauvaise qualité de la connexion internet dans les cybercafés.

Cependant, malgré ces difficultés, bloguer est indispensable, comme l’affirme Alertte « bloguer est aussi une forme de communication, je sais qu’il y a des gens qui ne suivent ni la télévision, ni la radio mais sont actifs sur le net ». En effet, les jeunes sont férus de technologie, et dans les cybercafés, ils sont les plus nombreux. Avec l’arrivée de l’internet mobile, davantage de travailleurs ont accès à l’internet à leur domicile ; c’est dire que le nombre d’internautes congolais tend à croître.

Décidée et bien fixée sur ses objectifs, Arlette souligne que ce sont les internautes qu’elle cible à travers ses billets de blogues. Elle ajoute « je pense aux jeunes qui ont besoin d’appréhender la vie sous d’autres facettes ». Par ailleurs dans ce village planétaire, « bloguer est aussi un moyen de participer au phénomène de la mondialisation d’autant plus que je reçois les courriers venant du Canada et d’autres extrémités de la terre juste par un clic » a-t-elle relevé.

Pour aller sur le blogue d’Arlette Bakou, aller à http://arletteraymonde.unblog.fr

Sylvie Niombo

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