Congo : l’absence de répression des auteurs de violence accroit l’insécurité pour les femmes et les filles

Il n’est pas facile d’aborder la question des violences à l’égard des femmes et des filles, car comme on le sait cela suscite souvent des malaises perceptibles; parce qu’il s’agit là d’un drame émouvant.

Les hommes et les femmes sont au centre de la violence sexiste ou sexospécifique, définie par le Comité de la CEDEF (Convention pour l’élimination de toutes les formes de violence à l’égard de la femme) comme une violence dirigée contre une personne sur la base de son genre ou de son sexe.

Ils le sont tantôt comme victimes et tantôt comme auteurs, mais les femmes et les filles sont les plus victimes, certainement de part leur fragilité comme la dépeint la société et la condition féminine, profondément édulcorée par des considérations coutumières, traditionnelles, religieuses et sociales.

La violence sexiste est un fait universel de société qui trouve sa source, dans un système de relations hommes - femmes, système de rapport de force qui pense que les hommes sont supérieurs aux femmes et qu’ils ont un droit de propriété et d‘usage sur celles - ci, idée incarnée dans les lois et coutumes. Ainsi les femmes à travers le monde quelque soit la race, la religion le niveau d’instruction, subissent les violences en tous lieux (communauté, foyer et famille).

Quelque soit le temps, elles vivent les violences en période de paix au quotidien comme faisant partie de l’ordre naturel des choses et en période de conflits armés comme sévices et traitements les plus cruels imposés par les belligérants qui utilisent la violence sexuelle comme arme de guerre .

Les manifestations des actes de violence ne peuvent être limiter car la violence est variable et multiple, mouvante et souvent insaisissable, elle est changeante suivant les lieux, les temps, les circonstances. C’est ainsi que nous nous accordions avec la définition formulée par les Nations Unies dans la déclaration sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes adoptée par l’Assemblée Générale en 1993, qui définit la violence à l’égard des femmes comme

tous actes dirigés contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée”.

Cette définition englobe sans pour autant limiter, toutes les formes de violences à l’endroit de la femme.

Quelques statistiques à titre d’exemples

Il ressort du document synthèse des enquêtes réalisées en post conflit par la Direction Générale de la Promotion de la Femme (DGPF) et la Direction Générale de la Population (DGPOP) de juillet 1999 à juin 2001, que plus de 3917 femmes et filles ont été victimes de viol dont 1507 cas sont des enfants de moins de 18 ans pendant les troubles sociopolitiques que le pays a connu.

De décembre 2005 à décembre 2006, 509 cas en 2006 ont été enregistrés à Brazzaville dans les points focaux aussi bien communautaires qu’institutionnels de l’ACOLVF. Il ne s’agit là que des cas dont les victimes se sont volontairement adressées au niveau des points d’enregistrement. Dans ces cas, les viols représentent 50, 49% des violences sexuelles déclarées. Les cas d’incestes concernent 8 % de victimes.

Bien que le pays se trouve en période de paix, les violences faites aux femmes continuent à se perpétrer tant dans leur forme que leur nature.

La violence physique (tortures physiques, les battues,les séquestrations, les brûlures, l’exploitation sexuelle économique), la violence psychologique (frustrations, les injures, les injustices, la polygamie …) et la violence sexuelle ( viol, inceste, harcèlement sexuel, abus sexuels, exploitation sexuelle, la prostitution forcée…) tan au niveau communautaire, conjugale ou familiale, qu’étatique se persiste.

Les deux dernières années, 2008 et 2009 jusqu’au mois de septembre 2009 les cas de violences sexuelles ont été respectivement de 310 cas en 2008 et 210 cas avérés en 2009.

Pour ces deux dernières années, les données recueillies dans les deux unités de prise en charge des VVS Makélékélé et Talangai témoignent les pourcentages suivants : 2008 (effectif total 188 cas, de moins de cinq ans ; 28 cas soit 14,89% , de 6 à 15ans 51, 19 % et de plus de 16 ans, 25,5%)

Conséquences physiques

En dehors des blessures physiques qui accompagnent les sévices sexuels, le danger réel demeure les I.S.T. et le VIH. Les femmes et les enfants victimes des abus sexuels sont terriblement exposés au virus du SIDA, car les agresseurs sexuels et autres pédophiles ne prendront jamais la peine de se protéger afin de commettre leur forfait. Ce qui compte pour eux, c’est leur plaisir qu’ils cherchent à obtenir par tous les moyens, n’importe où et  n’importe comment.

La grossesse non désirée reste l’un des problèmes majeurs des agressions sexuelles. Les femmes et les enfants victimes des abus sexuels sont constamment exposés aux risques de contracter une grossesse non désirée. Les conséquences de ce phénomène sont nombreuses et dévastatrices pour la santé de la mère et de l’enfant, aussi bien mentale que physique.

En effet, une femme n’est généralement pas prête pour l’accouchement avant l’âge de 18 ans au moins. La grossesse présente donc quatre fois plus de risque pour une adolescente que pour une femme âgée de 25 à 29 ans, et l’enfant né court le risque de tomber très souvent malade ou de mourir en bas âge. Par ailleurs, une femme mature qui contracte une grossesse à la suite d’un viol  vit cette situation dans le déshonneur le plus total.


Au Rwanda, le viol a été systématiquement utilisé comme arme d’épuration ethnique pour détruire les liens communautaires. Celles qui se sont retrouvées enceintes ont été mises au ban de leurs familles et de leurs communautés, certaines ont abandonné leur enfant, d’autres se sont suicidées.

Pour celles qui ont réussi à échapper au virus du SIDA et aux grossesses non désirées, s’ouvre alors l’engrenage des traumatismes liés à la gravité des persécutions vécues. Ainsi, les troubles psychologiques qui accompagnent un viol où toutes autres formes de violences sexuelles sont nombreuses et insoupçonnées.

Conséquences sociales

Humiliations, marginalisations honte, perte de l’estime de soi même, rejet /stigmatisation de la part de la communauté, des amis et de la famille, frayeur constante craignant d’être à nouveau attaquée et repli sur soi.

Il arrive parfois que les enfants soient victimes de violence sexuelle dans leur propre famille. Dans ce cas, pour ces enfants il devient pratiquement impossible de comprendre le concept de confiance et de sécurité.

L’endroit idéal de protection et de sécurité devient un endroit de peur. Ils désertent la maison et préfèrent se réfugier en dehors. Le traumatisme entraîne pour les enfants; des fugues, de la désertion de domicile, d’école et du quartier et c’est le début de la vie dans les rues.

La prise en charge des victimes de violences sexuelles quelle qu’en soit nécessite la connaissance par ceux là qui prennent en charge les victimes, des notions de stress et trauma et l’observation des conditions particulières pour assurer l’écoute avant d’entamer tout autre procédure.

Aujourd’hui au Congo, il n’existe pas de données pouvant permettre d’apprécier les cas de contamination au VIH/SIDA du fait des violences sexuelles.

Néanmoins, nous restons convaincues que cela existe, et les témoignages liés à certains cas de femmes victimes de viols et ayant contacté la maladie, reçues dans notre organisation suffisent pour l’affirmer sans risque de nous tromper. En effet, l’expérience de l’ACOLVF dans la prise en charge des victimes de violences nous prouvé que les violences sexuelles sont un des facteurs de la contamination au VIH/SIDA

Les agresseurs sexuels, potentiels peuvent être porteurs de virus sans le savoir et ils n’utilisent jamais de préservatif quand ils commettent leur forfait. Tout ceci crée une situation de grande vulnérabilité, avec les risques de transmission liés à l’ignorance.

Sur le plan national, les femmes subissent toutes, la violence sexiste au quotidien, aucune ne prétendra qu’elle n’en a jamais été victime durant sa vie. Si la responsabilité directe des conflits armés est clairement établie dans l’amplification du phénomène, il n’en demeure pas moins que les violences quotidiennes se poursuivent et ont pour causes principales, les troubles de comportements liés à la consommation d’alcool, des stupéfiants, la prostitution, l’insécurité urbaine générée par l’environnement.

Absence de répression des auteurs de violence

L’absence de répression efficace contribue à la banalisation du phénomène et alimente une culture d’impunité et d’insécurité.  Les violences conjugales ne sont pas réprimées en tant que telles mais en tant que actes de violences touchant la personnalité d’un individu, d’un citoyen.

En regardant les autres formes de violences, on s’aperçoit que les femmes victimes de violences conjugales à travers la maltraitance, la privation des droits économiques, les femmes vivant la polygamie sont aussi exposées au VIH.

Ces dernières doivent se « débrouiller pour vivre et prendre soin des enfants au risque de se prostituer et de s’exposer à la contamination au VIH. Il faudrait noter que bien que les instruments juridiques nationaux, et les déclarations officielles d’égalité et de non discrimination réglementent la protection de la femme, l’homme dispose de tous les leviers du pouvoir dans le foyer, dans le travail et dans les institutions économiques et politiques

Il y a aussi chez les enfants, la question d’exploitation sexuelle économique et sexuelle rencontrée dans notre pays principalement à Pointe Noire. Les enfants sont victimes de l’exploitation sexuelle à des fins commerciales qui vise le paiement en espèce ou en nature en échange de rapports sexuels, et qui s’effectue dans un contexte informel et se manifeste sous les formes de : la prostitution, la pornographie, la traite des enfants à des fins sexuelles , le tourisme sexuel et  de l’exploitation sexuelle non commerciale notamment : le viol, inceste, le harcèlement sexuel et les autres formes apparentées : mariages précoces et forcés.

Ce qu’il faudrait faire

Au regard de la forte prévalence du viol (viol par un inconnu et l’inceste), et des abus sexuels sur les enfants, la violence domestique n’étant pas laissé de coté, bien que se passant entre deux murs et entourée de considération tabou, tributaire des us et coutumes et de préjugés, notre intervention à cette conférence serait une interpellation aux enjeux de l’heure, à l’endroit du gouvernent :

Ø pour l’élaboration d’un programme de lutte et de prévention des violences sexuelles afin d’élaborer des stratégies à faire face à ce phénomène ;

Ø pour l’harmonisation des textes législatifs nationaux et les engagements internationaux et surtout la pratique d’une politique d’application stricte des lois en vigueur sur les violences faites aux enfants et aux femmes sans discrimination ;

Ø pour le soutien des ONG et des structures intervenant dans la lutte et la prévention des violences et ;

Ø pour l’amélioration de la surveillance médicale des victimes et leurs enfants ;

Extrait de la communication de Micheline Ngoulou

Présidente de l’Association Congolaise de lutte contre les violences à l’égard des femmes et des filles (ACOLVF)

Pendant l’atelier national sur l’usage des TIC pour la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles

du 14 au 15 Octobre 2009

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