Landry travaille régulièrement dans une entreprise privée à Cotonou, au Bénin pour gagner sa vie. Se sentant malade, il se rend à l’infirmerie de l’entreprise où il est reçu par un infirmier. Après lui avoir administré les premiers soins, l’infirmier propose à Landry de faire des analyses de sang pour déceler le paludisme ou la fièvre typhoïde. Cependant, c’est plutôt un test du VIH/SIDA qui est effectué sans le consentement de Landry. Le test du VIH s’étant révélé positif, l’infirmier informe la hiérarchie de l’entreprise, qui licencie Landry sans hésiter.
Ce genre de drame est vécu par des personnes vivant avec le VIH/SIDA au Bénin, et dans d’autres pays africains. Généralement, elles croisent les bras et préfèrent se résigner, ayant peu confiance en la justice et craignant d’être exposées. L’Association Béninoise pour le Développement (ABD) s’est engagée à accompagner les personnes séropositives dans leur recherche de solutions et à lutter contre la discrimination des personnes vivant avec le VIH.
« La stigmatisation et la discrimination sapent les efforts de prévention du VIH, et si les personnes séropositives sont discriminées, le risque pour toute la société est incalculable ; car peu de personnes iront faire le test du dépistage du VIH, et aussi peu de personnes séropositives accepteront d’adhérer au traitement » ; confirme Christian MARTINS, Directeur Exécutif de cette association.
Grâce au projet régional du Réseau Sida Afrique soutenu par la Fondation Nationale pour la Démocratie (NED), des ateliers et réunions d’information et de sensibilisation sur les droits des personnes séropositives en milieu hospitalier et professionnel sont tenus. Ces activités les personnes séropositives de 46 associations, dont les membres du Réseau Béninois des Associations des Personnes vivant avec le VIH/SIDA (ReBAP+).
Ainsi, depuis le démarrage du projet en Octobre 2009, 20 agents vulgarisateurs de la loi portant prévention, prise en charge et contrôle du VIH/SIDA en République du Bénin ont été formés, parmi elles des personnes vivant avec le VIH, des professionnels de santé et des travailleurs du secteur public et du secteur privé. Les agents vulgarisateurs ont été actifs lors des campagnes de sensibilisation sur les droits des personnes vivant avec le VIH à Ouidah, Dogbo et Cotonou.
Lors de ces campagnes, les participants étaient composés des personnes vivant avec le VIH, les responsables des centres de santé,les responsables /représentants des centres de prise en charge des personnes séropositives, les groupements/Associations de femmes,les responsables des centres de promotion sociale, les représentants du milieu judiciaire (tribunal, gendarmerie, police), les leaders religieux et de cultes, les représentants d’ONG de défense des droits de l’Homme et/ou de lutte contre le VIH/SIDA et le corps enseignant. Les participants voulaient comprendre les droits des personnes vivant avec le VIH/SIDA et des dispositions prévues par la loi ; notamment le droit à l’information et au traitement, le droit au travail, le VIH/SIDA, l’assurance maladie et les dispositions pénales ainsi que l’impact du SIDA sur l’individu, la société et le monde.
A ce jour, au moins 80 personnes vivant avec le VIH, en majorité des femmes ont été sensibilisées sur leurs droits et des dispositions prévues par la loi ; notamment le droit à l’information et au traitement, le droit au travail, le VIH/SIDA, l’assurance maladie et les dispositions pénales ainsi que l’impact du SIDA sur l’individu, la société et le monde.
«La loi portant prévention,prise en charge et contrôle du VIH/SIDA en République du Bénin avait été votée en 2005 par les députés à l’Assemblée Nationale et promulguée le 05 AVRIL 2006 par le Président de la République mais elle n’est pas connue des personnes qu’elle était sensée protéger, ni des professionnels de santé et des travailleurs en général. Nous fondons notre travail sur les points importants de notre législation sur les droits des personnes séropositives, parce que c’est à ces points qu’elles sont stigmatisés et discriminés. Puisque leurs droits sont violés, ces points constituent donc des priorités pour les personnes vivant avec le VIH », explique Christian MARTINS, Directeur Exécutif de l’ABD.
126 professionnels de santé des structures sanitaires de prise en charge des personnes vivant avec le VIH, ont été sensibilisés à travers les séminaires organisés en milieu de soin autour de la loi portant prévention, prise en charge et contrôle du VIH/SIDA en République du Bénin . Il s’agit notamment du Centre de Traitement Ambulatoire du Centre National Hospitalier et Universitaire de Cotonou, de la Clinique « Les Grâces », la Polyclinique « Atinkanmè » et la clinique « Louis Pasteur.
Depuis lors, l’ABD reçoit des plaintes des personnes séropositives dont les droits sont violés, généralement les cas se rapportent à la divulgation du statut sérologique. Comme l’affirme Christian MARTINS,
« nous avons enregistré des plaintes pour divulgation du statut sérologique aux familles par des médecins, et cela cause du rejet des personnes séropositives dans les familles. Nous avons aussi reçu des plaintes de personnes séropositives recrutées nouvellement dans l’armée qui avaient déjà reçu trois mois de formation. Lorsque des visites médicales des troupes ont été effectuées, par exemple, une demoiselle a été radiée à cause de son statut sérologique».
La sensibilisation sur la loi porte ses fruits, puisque après avoir pris connaissance des dispositions juridiques, des personnes séropositives victimes de discrimination prennent la décision de se plaindre ; ce que dans le passé, elles ne pouvaient faire, restant passives à ces violations. Le projet régional au Bénin s’active donc à accompagner les plaignants dans leurs démarches pour rencontrer les autorités concernées.
«L’information éveille la conscience des personnes vivant avec le VIH qui ne savaient même pas qu’il existait une loi sur le VIH/SIDA. Vous savez souvent les gens croient beaucoup plus aux fétiches et ont plus peur de la sorcellerie que du droit. Nous informons les personnes séropositives afin qu’elles sachent que des voies de solution existent à la discrimination et que la justice peut en être une, bien que nos partenaires d’autres associations effectuent également des médiations dans les familles pour les personnes séropositives rejetées » ; explique Christian MARTINS.
Désormais, les personnes séropositives, victimes de stigmatisation et de discrimination peuvent dénoncer les cas de violation de leurs droits au niveau des autorités, des centres de Santé ciblés par le projet et/ou se plaindre au niveau de leurs associations/réseau d’appartenance ou encore au niveau des membres du Réseau Sida Afrique. Les centres de santé ciblés par le projet ont pris l’engagement de traiter tous les patients au même point d’égalité et appeler leur personnel à ne pas stigmatiser ou discriminer, au risque d’être exposé à la rigueur de la loi.
Par ailleurs, l’ABD poursuit l’exécution des activités du projet régional, et organisera également d’ici Septembre 2010, des séminaires de sensibilisation sur la loi en milieu du travail, des missions nationales d’échanges qui permettent aux militants de renforcer leurs actions de lutte contre la stigmatisation et la discrimination des personnes séropositives.
Dans la réalisation de ces activités de promotion et défense des droits des personnes séropositives et du VIH/SIDA en général, l’ABD collabore avec d’autres organisations telles que Cercle de Vie, Mahougnon Gbenonkpo, Association Espoir et Vie et Lumière Action. L’Association Béninoise pour le Développement (ABD) reçoit également des appuis du Comité National de Lutte Contre le SIDA (CNLS), du Fonds de Nations Unies pour la Population (FNUAP), du Projet d’Appui à la Lutte contre le VIH/SIDA financé par la Banque Africaine de Développement (PALS/BAD) Ainsi, « suite aux activités menées dans le cadre du projet régional, l’ABD a été identifiée par le bureau pays de l’ONUSIDA pour animer avec le ReBAP+ une émission sur la stigmatisation et la discrimination des personnes vivant avec VIH et promotion des droits humains sur Africable dans le cadre de la caravane de l’intégration qui a quitté le Mali et passe par Burkina Faso, Niger, Bénin, Togo, Ghana et la Côte d’Ivoire », affirme Christian MARTINS.
Ce projet vient donc combler un besoin qui est celui de réduire la stigmatisation et la discrimination à l’endroit des personnes vivant avec le VIH/SIDA au Bénin ; afin que celles-ci retrouvent leur dignité et puissent jouir des mêmes droits que tous les citoyens béninois. Cependant, des efforts doivent continuer à être fournis pour le soutien psychologique et juridique aux personnes séropositives victimes de discrimination en milieu hospitalier et professionnel ; afin de balayer le découragement et le sentiment d’impuissance à ces problèmes.
Sylvie Niombo

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