Quelle était la couleur de la campagne des 16 jours d’activisme contre la violence faite aux femmes et aux filles au Congo ? Du 25 Novembre au 10 Décembre, des associations impliquées dans le projet OMD3 du Programme d’appui aux Réseaux de Femmes de l’Association pour le progrès des communications (PARF d’APC) ont réalisé des sensibilisations publiques, des émissions radios et télévisées, des blogues et des ateliers. Ce billet de blogue retrace certains moments clés de la campagne « Réapproprie-toi la technologie » au Congo.
Re-penser le rôle des femmes des média pour combattre les violences
Quand nous parlons des technologies de l’information et de la communication (TIC) au Congo, la radio et la télévision viennent en tête parmi les moyens les plus utilisés, et ce depuis des années. Le rôle des média n’est pas à négliger, malgré le manque de programmes sur la violence faite aux femmes et aux filles dans les chaines existantes. Appelant les femmes des média à prendre leurs responsabilités, le Club des Jeunes sur la santé sexuelle (CJESS) à réuni 12 femmes des principaux média publics et privés de Pointe-Noire de DVS+, Télé Pointe-Noire, Ponton FM, et Radio Océan le 03 décembre. Pour cette organisation :
« les participantes ont convenu que les femmes des média devraient se réapproprier la technologie et s’engager dans la sensibilisation, l’éducation, et l’information des communautés sur les pratiques néfastes pour les femmes et les filles ».
Prendre la parole dans les média n’est toujours pas facile et abordable aux organisations de la société civile. Cependant, pendant ces 16 jours, l’Association congolaise de lutte contre les violences à l’égard des femmes et des filles (ACOLVF) et l’Organisation pour les droits humains au Congo (ODDHC) à Brazzaville ont pu organiser des émissions télévisées et radios. L’audience a eu l’opportunité de participer en appelant ou en envoyant des messages par SMS ; et l’on pouvait noter que l’intérêt pour ces émissions est grand.
Sur son blogue, Victoire Bakanette, parle de la violence vécue par les femmes journalistes et présente les initiatives de réseautage comme un moyen de s’en sortir :
« ce regroupement des femmes des médias au sein d’une entité ou réseau, est une façon d’échanger continuellement sur les questions propres aux droits de la femme, pour rendre leurs actions efficaces et fiables ».
Projections documentaires pour dénoncer et éduquer
Comment les TIC ont-elles été utilisées pendant cette campagne ? Les images et les photos parlent plus que les mots, et il existe des faits vécus sur la violence faite aux femmes et aux filles au Congo qu’il faudrait montrer pour réveiller les consciences. C’est ce qu’on fait plusieurs associations qui ont utilisé des projections photos et documentaires pour alimenter les échanges sur la nécessité d’une loi portant protection des femmes victimes de violence au Congo.
L’absence de loi est un vide juridique qui accroit l’impunité contre les auteurs de violence comme l’ont décrié les associations Agence Régionale d’information sur le VIH/SIDA (ARIPS) et l’Observatoire congolais des droits de l’homme (OCDH) au cours des ateliers et causeries débats qu’elles ont organisé.
La vidéo pour donner la voix aux sans voix
Par ailleurs, un groupe de jeunes femmes formées récemment lors des échanges féministes (FTX) à Pointe-Noire a profité de la campagne pour produire des reportages vidéo sur les différentes formes de violence dont les femmes sont victimes, en donnant la parole aux femmes et filles ordinaires, dont les voix ne sont pas souvent entendues.
Les adolescentes de l’Universel Club des Jeunes Educateurs (UCJE) à Pointe-Noire ont préféré jouer une pièce théâtrale pour éduquer leurs paires, et de produire une vidéo de la pièce. Ces vidéos seront distribuées aux différentes structures pour les actions de sensibilisation.
Mettre les jeunes au centre de la lutte contre les violences scolaires
Les adolescentes et les enfants vivent la violence sous des formes différentes et parfois voilées. Il suffit de les écouter pour découvrir comment elles peignent la violence dont elles sont victimes. A l’Ecole la Petite Tina à Nkombo :
« les élèves ont présenté les dessins qui décrivaient leur compréhension de la violence faite aux filles. Les dessins représentaient des filles enceintées par les enseignants, les élèves battus par les enseignants ou encore la chicote ; et aussi les élèves qui donnent de l’argent aux enseignants pour passer en classe supérieure »,
a rapporté l’Association des Jeunes pour le Développement et le Travail (AJDT). A Nkayi, les jeunes élèves ont fait le même constat et appelé à des sessions de sensibilisation sur les questions de la contraception, les grossesses non désirées et autres. Les connexions entre le VIH/SIDA et la violence ont été abordées d’une discussion en ligne organisées par le Réseau Santé Afrique (www.reseausida.org).
Les femmes et filles handicapées oubliées dans la lutte contre la violence
Des bloggeuses congolaises ont aussi évoqué la marginalisation des personnes handicapées et les violences vécues par les femmes vivant avec le VIH. Sur son blogue, Georjette Medja, Présidente de l’Association Handicapées sans Frontières à Pointe-Noire, en appelle aux internautes et les organisations des droits humains à lutter
« contre les maltraitances des femmes handicapées parce qu’elles constituent une couche sociale taillable et corvéable par des citoyens irresponsables. Les femmes handicapées ont besoin de mieux connaître leurs droits pour participer au développement de leur pays. »
Dans un article, Blanche Zissi d’AZUR Développement recommande aux organisations impliquées dans de lutte contre les violences de :
« faire un plaidoyer au près des gouvernants afin que ceux-ci mettent à la disposition de la justice les moyens nécessaires pour une régularité des sessions criminelles ; faire un plaidoyer pour la prise par le gouvernement du texte d’application concernant la loi sur l’assistance judiciaire afin que les victimes de violences les plus démunies aient l’accès à la justice car les procédures judiciaires nécessitent parfois certains frais et de créer des centres proposant la prise en charge juridique des victimes de violences afin de les orienter et les assister pendant la procédure ».
Dans cette optique, l’OCDH a lancé une pétition en ligne pour l’élaboration et l’adoption d’une loi protégeant les victimes de violence dans le pays.
Assurément la campagne « Réapproprie-toi la technologie » des 16 jours d’activisme au Congo aura été un moment de réaffirmation des organisations de la société civile à mettre fin aux violences faites aux filles.
Sylvie Niombo

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